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Voyage au Centre de la Terre

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The Project Gutenberg eBook of Voyage au Centre de la Terre
 
This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and
most other parts of the world at no cost and with almost no restrictions
whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it under the terms
of the Project Gutenberg License included with this eBook or online
at www.gutenberg.org. If you are not located in the United States,
you will have to check the laws of the country where you are located
before using this eBook.

Title: Voyage au Centre de la Terre

Author: Jules Verne

 
Release date: December 1, 2003 [eBook #4791]
 Most recently updated: May 12, 2023

Language: French

Other information and formats: www.gutenberg.org/ebooks/4791

Credits: Carlo Traverso, Robert Rowe, Charles Franks
 and the Online Distributed Proofreading Team.
 Revised by Richard Tonsing.

*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK VOYAGE AU CENTRE DE LA TERRE ***

We thank the Bibliotheque Nationale de France that has made available
the image files at www://gallica.bnf.fr, authorizing the preparation
of the etext through OCR.

Nous remercions la Bibliothèque Nationale de France qui a mis à
disposition les images dans www://gallica.bnf.fr, et a donné
l'authorisation à les utilizer pour préparer ce texte.

Editorial note: We emphasize with _X_ the runes that Verne emphasizes
with serifs, and translitterates with uppecase.

Note de l'éditeur: On répresente avec _X_ les runes que Verne relève
avec des sérifs, et transcrit avec des maj uscules.

Jules Verne

VOYAGE AU CENTRE DE LA TERRE

I

Le 24 mai 1863, un dimanche, mon oncle, le professeur Lidenbrock,
revint précipitamment vers sa petite maison située au numéro 19
de König-strasse, l'une des plus anciennes rues du vieux quartier
de Hambourg.

La bonne Marthe dut se croire fort en retard, car le dîner
commençait à peine à chanter sur le fourneau de la cuisine.

«Bon, me dis-je, s'il a faim, mon oncle, qui est le plus
impatient des hommes, va pousser des cris de détresse.

-Déja M. Lidenbrock! s'écria la bonne Marthe stupéfaite, en
entre-bâillant la porte de la salle à manger.

-Oui, Marthe; mais le dîner a le droit de ne point être cuit,
car il n'est pas deux heures. La demie vient à peine de sonner à
Saint-Michel.

-Alors pourquoi M. Lidenbrock rentre-t-il?

-Il nous le dira vraisemblablement.

-Le voilà! je me sauve. Monsieur Axel, vous lui ferez
entendre raison.»

Et la bonne Marthe regagna son laboratoire culinaire.

Je restai seul. Mais de faire entendre raison au plus irascible
des professeurs, c'est ce que mon caractère un peu indécis ne me
permettait pas. Aussi je me préparais à regagner prudemment ma
petite chambre du haut, quand la porte de la rue cria sur ses
gonds; de grands pieds firent craquer l'escalier de bois, et le
maître de la maison, traversant la salle à manger, se précipite
aussitôt dans son cabinet de travail.

Mais, pendant ce rapide passage, il avait jeté dans un coin sa
canne à tête de casse-noisette, sur la table son large chapeau à
poils rebroussés et à son neveu ces paroles retentissantes:

«Axel, suis-moi!»

Je n'avais pas eu le temps de bouger que le professeur me criait
déjà avec un vif accent d'impatience:

«Eh bien! tu n'es pas encore ici?»

Je m'élançai dans le cabinet de mon redoutable maître.

Otto Lidenbrock n'était pas un méchant homme, j'en conviens
volontiers; mais, à moins de changements improbables, il mourra
dans la peau d'un terrible original.

Il était professeur au Johannaeum, et faisait un cours de
minéralogie pendant lequel il se mettait régulièrement en colère
une fois ou deux. Non point qu'il se préoccupât d'avoir des
élèves assidus à ses leçons, ni du degré d'attention qu'ils
lui accordaient, ni du succès qu'ils pouvaient obtenir par la
suite; ces détails ne l'inquiétaient guère. Il professait
«subjectivement», suivant une expression de la philosophie
allemande, pour lui et non pour les autres. C'était un savant
égoïste, un puits de science dont la poulie grinçait quand on en
voulait tirer quelque chose. En un mot, un avare.

Il y a quelques professeurs de ce genre en Allemagne.

Mon oncle, malheureusement, ne jouissait pas d'une extrême
facilité de prononciation, sinon dans l'intimité, au moins quand
il parlait en public, et c'est un défaut regrettable chez un
orateur. En effet, dans ses démonstrations au Johannaeum,
souvent le professeur s'arrêtait court; il luttait contre un mot
récalcitrant qui ne voulait pas glisser entre ses lèvres, un de
ces mots qui résistent, se gonflent et finissent par sortir sous
la forme peu scientifique d'un juron. De là, grande colère.

Il y a en minéralogie bien des dénominations semi-grecques,
semi-latines, difficiles à prononcer, de ces rudes appellations
qui écorcheraient les lèvres d'un poète. Je ne veux pas dire du
mal de cette science. Loin de moi. Mais lorsqu'on se trouve en
présence des cristallisations rhomboédriques, des résines
rétinasphaltes, des ghélénites, des tangasites, des molybdates de
plomb, des tungstates de manganèse et des titaniates de zircone,
il est permis à la langue la plus adroite de fourcher.

Or, dans la ville, on connaissait cette pardonnable infirmité de
mon oncle, et on, en abusait, et on l'attendait aux passages
dangereux, et il se mettait en fureur, et l'on riait, ce qui
n'est pas de bon goût, même pour des Allemands. S'il y avait
donc toujours grande affluence d'auditeurs aux cours de
Lidenbrock, combien les suivaient assidûment qui venaient surtout
pour se dérider aux belles colères du professeur!

Quoi qu'il en soit, mon oncle, je ne saurais trop le dire, était
un véritable savant. Bien qu'il cassât parfois ses échantillons
à les essayer trop brusquement, il joignait au génie du géologue
l'oeil du minéralogiste. Avec son marteau, sa pointe d'acier,
son aiguille aimantée, son chalumeau et son flacon d'acide
nitrique, c'était un homme très fort. A la cassure, à l'aspect,
à la dureté, à la fusibilité, au son, à l'odeur, au goût d'un
minéral quelconque, il le classait sans hésiter parmi les six
cents espèces que la science compte aujourd'hui.

Aussi le nom de Lidenbrock retentissait avec honneur dans les
gymnases et les associations nationales. MM. Humphry Davy, de
Humboldt, les capitaines Franklin et Sabine, ne manquèrent pas de
lui rendre visite à leur passage à Hambourg. MM. Becquerel,
Ebelmen, Brewster, Dumas, Milne-Edwards, aimaient à le consulter
sur des questions les plus palpitantes de la chimie. Cette
science lui devait d'assez belles découvertes, et, en 1853,
il avait paru à Leipzig un _Traité de Cristallographie
transcendante_, par le professeur Otto Lidenbrock, grand in-folio
avec planches, qui cependant ne fit pas ses frais.

Ajoutez à cela que mon oncle était conservateur du musée
minéralogique de M. Struve, ambassadeur de Russie, précieuse
collection d'une renommée européenne.

Voilà donc l

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